The making of Ravel: L'enfant et les Sortileges
The making of Ravel: L'enfant et les Sortileges
« Dans [Ma mère l'Oye], le détail orchestral et la virtuosité furent un véritable régal […] tous les solos étant restitués de façon impeccable. […] Dans [L'Enfant et les sortilèges] le Philharmonique de Berlin se montra irréprochable […] Les parties vocales […] que se partageaient une remarquable équipe de solistes. […] l'interaction entre les chanteurs était tout aussi impressionnante. Excellente participation du chœur. » (musicweb-international.com)
Pour marquer le renouvellement du contrat exclusif d'enregistrement unissant les Berliner Philharmoniker et EMI Classics, Simon Rattle et l'Orchestre proposent un programme Ravel consacré à L'Enfant et les sortilèges et à Ma mère l'Oye. Enregistré en concert à la Philharmonie de Berlin en septembre 2008, ce disque suit de près la parution d'un autre album dédié au répertoire orchestral français, encensée par la critique, consacré à la Symphonie fantastique de Berlioz.
L'opéra en un acte L'Enfant et les sortilèges fut l'occasion de réunir autour des Berliner Philharmoniker et du Rundfunkchor Berlin une distribution de stars : les sopranos Annick Massis et Mojca Erdmann, les mezzo-sopranos Magdalena Kožena et Sophie Koch, la contralto Nathalie Stutzmann, le ténor Jean-Paul Fouchécourt et le baryton François Le Roux. Le baryton-basse José Van Dam fait une double apparition et y incarne Le Fauteuil et Un Arbre.
Des liens puissants unissent Sir Simon à L'Enfant et les sortilèges. Peu après avoir remporté la John Player International Conducting Competition en mai 1974, Rattle, alors âgé de dix-neuf ans, dirigea l'ouvrage en concert à Liverpool, ce qui lui valut la première d'une longue série de critiques enthousiastes n'ayant cessé d'accompagner sa carrière. Une production à Glyndebourne en 1987 conforta sa réputation dans cette œuvre, cependant que le présent enregistrement offre un condensé de son amour et de sa connaissance du féerique univers sonore de la maison et du jardin de l'Enfant tel que Ravel les mit en musique.
« Cette idée de l'enfance, de la connaissance et de l'innocence – et de la perte de l'innocence – [se retrouve] à travers toute l'œuvre [de Ravel] et notamment dans ces deux ouvrages », confiait Rattle. « J'aime Ravel depuis mon plus jeune âge […] Il a toujours été à mes côtés et ce fut une joie particulière que de le faire entendre [à Berlin]. »
Maurice Ravel composa L'Enfant et les sortilèges entre 1917 et 1925 sur un livret de la romancière française Colette, laquelle l'avait choisi parmi plusieurs candidats potentiels. L'opéra, faisant suite à son œuvre antérieure en ce domaine : L'heure espagnole, fut créé à Monte Carlo en 1925 sous la direction de Victor de Sabata et avec une chorégraphie signée George Balanchine. L'histoire se déroule dans une « maison normande, ancienne, ou mieux : démodée ». Grondé par sa mère – il devra rester seul dans sa chambre – l'Enfant a un accès de colère durant lequel il détruit nombre de ses jouets et d'autres objets qui, prenant vie un à un, finissent par le défier. Le garçon tente par la suite de se lier d'amitié avec les animaux et les plantes de son jardin, mais ceux-ci le rejettent pour les avoir précédemment torturés ou abîmés. Lorsqu'un écureuil est blessé, le garçon panse sa plaie, et les autres animaux se laissent fléchir. À la fin de l'opéra, le garçon, ayant fait amende honorable, accueille la venue de sa mère de ce simple mot : « Maman ! ».
Ravel composa Ma mère l'Oye telle une suite de cinq pièces pour piano à quatre mains destinée aux enfants talentueux de ses amis Ida et Cyprien Godebski, puisant son inspiration dans d'anciens contes de fées comme La Belle au bois dormant, Le petit Poucet ou Le vilain petit canard. C'est dans cette version que l'œuvre fut créée, Salle Gaveau, en 1910. L'année suivante, Ravel l'orchestrait, en faisant un ballet auquel il ajouta un Prélude, la Danse du rouet et les Interludes intercalés entre les pièces du recueil initial et destinés aux changements de décors. L'œuvre fut recréée sous cette forme à Paris, au Théâtre des Arts (Hébertot), en 1912. « Ne perdant jamais de vue les enfants, les pièces pour piano à quatre mains d'origine sont plus aisées », explique Simon Rattle, « tandis que sous la parure [orchestrale] extraordinairement exotique dont il les revêtit, avec tous ces interludes de la plus incroyable sophistication chargés d'assurer la transition d'une pièce à l'autre, il me semble que les enfants peuvent certes aimer cette musique mais que, en réalité, il faut être adulte pour la comprendre – un adulte lui-même capable de s'ouvrir et d'écouter comme un enfant. »
Simon Rattle est chef principal et directeur artistique des Berliner Philharmoniker depuis 2002. Durant la saison 2007-2008, lors du 125ème anniversaire de l'Orchestre, il a dirigé soixante-douze concerts à Berlin et pendant une tournée les ayant conduits en Autriche, en Suisse, aux États-Unis, en France, dans les Pays Baltes et en Scandinavie. Au cours de l'été 2008, Sir Simon et les Berliner Philharmoniker ont assuré quatre représentations de l'opéra de Wagner Siegfried ainsi que deux programmes d'œuvres symphoniques de Brahms, Dvořák, Bartók et Haydn au Festival d'Aix-en-Provence. Ils sont récemment rentrés d'une tournée en Corée et au Japon qui a suscité l'enthousiasme tant de la part du public que de la critique.
